Après la vision de ce film, je reste encore assez mitigé, d'un côté il y a la face très artificielle de certains passages comme la redondance des ralentis. Le côté rock pourrait faire penser à la poésie d'
Apocalypse now d'ailleurs en y repensant (mais c'est positif ça en fait). C'est efficace, le final etait prévisible, on ne pouvait pas passer à côté d'une réalité montrée dans toute sa brutalité.
Et c'est justement ça qui fait que c'est un film moderne, que je lui reconnais d'énormes quelités malgré le fait de ne pas avoir réellement accroché. Sa modernité se traduit par son traitement édulcoré de l'image. Comme
Redacted de Brian de Palma, le réalisateur crée son film en ayant conscience du monde qui l'entoure, une société envahie par l'audiovisuel et la haute technologie de l'image. Il faut se dire qu'à présent on ne peut plus chercher la vérité avec le cinéma comme l'ont tenté des réalisateurs comme Rosselini ou Pialat "ce ne sont pas des images justes, mais juste des images", disait
Godard. Cette utilisation des accélérations et de brusques ralentis, manière très stylisé d'illustrer un propos, fait de ce film une oeuvre des plus contemporaine. Là ou
Redacted montrait l'omniprésence des caméras amateurs, de l'internet et de la téléphonie mobile, qu'il fallait maintenant vivre avec, qu'on ne pouvait plus l'ignorer,
Valse avec Bachir montre les conséquences de cette supématie de l'image sur l'être humain. C'est rock, c'est déjanté, limite hallucinatoire. On ne peut plus parler d'un cinéma imposant l'oeil comme simple et unique vérité. La caméra offre un troisieme oeil. Ari Folman pour pousser cela, choisi l'animation, et encore plus absurde, une animation documentarisée. Le réalisateur veut donner une vérité à cette image déssinée artificielle, faite de multiples gadgets effectués au montage, c'est un film qui modifie la réalité pour une vision surréaliste. Le documentaire est donc mélangé d'images mentales, de séquences limites clipesques, afin de suggérer ce que l'on ne peut pas voir, le traumatisme psychologique de l'évenement. Nous sommes devant ce film, comme le photographe de l'histoire ne prenant conscience de l'horreur de la guerre une fois que son appareil photo soit cassé. Nous, qui étions donc subjugué par une image animée stylisée, d'une couleur propre, impécablement appliquée et rythmée par une musique endiablée (This is not a love song !), retournons à la réalité une fois que l'illusion animée est terminée, lorsque que Folman nous montre de vrais plans, filmés par de vraies caméra montrant de vraies victimes sanguinolente et crasseuses dans une image des plus crades.
L'image artificielle du film d'animation n'a d'autres roles que de rendre de la force a de vraies images filmées, désolées devant la folie humaine qu'elle ne peut que constater.