Les enfants terribles... ou le sinisme déroutant d'une relation fraternelle des plus ambigues.
Melville choque,
Melville ose,
Melville défie les conventions avec un cinéma qui inspirera tant d'autres grands auteurs (merci Karl pour tes cours...)
Je m'attarde sur Les enfants terribles, car si c'est pour le moment le seul
Melville que j'eu l'occasion de regarder, ce film reste à mes yeux un chef d'oeuvre en tout point:
Après avoir vu
Silence de la mer (également avec Nicole Stéphane et Jean Marie Robin),
Cocteau fit en effet appel Ã
Melville pour réaliser son roman, roman scénarisé par les deux comparses associés (que l'on voit d'ailleurs dans la scène du wagon restaurant).
Une histoire qui bouscule les moeurs, chamboule les convenances et froisse les habitudes puisqu'il est question ici de l'évolution d'une relation entre un frère et sa soeur se complaisant dans un monde hermétique et malsain. Les protagonistes frôlent ainsi à la fois l'inceste tant ils deviennent proches, et la sournoiserie destructrice tant ils se haïssent -ou du moins le pensent-ils... Jouissant de sadisme, de fourberie, de mesquinerie, ils n'en restent pas moins les héros de la diégèse, cherchant tout le long à profiter de la faiblesse/passivité/innocence de deux de leurs amis, sans scrupules ni états d'âme.
Une histoire forte qui gifle le cinéma français de son originalité et de sa marginalité, mais également une réalisation des plus innovantes pour l'époque.
L'éclairage est à mon sens un élément capital quant à l'authenticité de cette oeuvre: des scènes où les ombres -le sombre...- prennent possession des corps et envoûtent l'atmosphère (notamment dans la chambre des protagonistes), des surexpositions accentuant certaines expressions et donnant tout un sens symbolique à l'image (par exemple: beaucoup de lumière sur le visage d'Elisabeth lorsqu'elle cherche à convaincre son ami Gérard. Ce dernier l'apprécie tellement qu'il la voit comme rayonnante...) mais sans jamais pour autant toucher au naturel de l'image en elle-même.
Le cadrage: des gros plans sur le visage "fou" d'Elisabeth/Nicole Stéphane -dont je salue au passage le talent et la prestence-, la composition travaillée de chaque image ne laissant absolument rien au hasard, un rythme idéal dans l'enchaînement des séquences (une certaine lenteur dans la narration qui cultive un côté... "pesant", "oppressant": on se sent presque prisonnier de ce monde exclusif, ce qui veut dire que
Melville réussit parfaitement à nous faire pénétrer un univers auquel nous ne participons pourtant pas...)
Le son: nous retrouvons pour notre plus grand plaisir JS Bach et Vivaldi en musique extra-diégétique, mais également la voix off de
Cocteau en personne qui apporte un ton relativement grave à la narration. Certaines scènes sont en effet commentées quand bien même elles semblent ne pas avoir besoin de l'être (l'image parle autant que les mots), pourtant la voix de
Cocteau l'accompagne comme il se doit, apportant
sa note supplémentaire à la mélodie picturale
Il y a tellement à dire, j'en oublie car ces films sont à voir et revoir si l'on veut saisir absolument toute leur essence... mais les quelques éléments cités restent, je pense, les plus marquants.
Dommage qu'à l'époque de sa sortie, les esprits étaient encore encrés à un cinéma stéréotypé: seuls les futurs meneurs de la Nouvelle vague soutinrent ce chef d'oeuvre...