L’horreur au cinéma est souvent une allégorie sexuelle et constitue pour cette raison un genre érotique. Alien en est un paradigme. Le titre du film est intéressant dans ce contexte : alien désigne en anglais l'extraterrestre, mais étymologiquement désigne l'autre, l'étranger. D'un point de vue subliminal et féminin, l'étranger est un violeur. Le titre du film annonce donc par association inconsciente son thème.
L'érotisme d'Alien est très développé et ne se limite pas à l'alien. L’espace et les planètes, par exemple, filmés dans le panoramique d'ouverture, sont des symboles maternels (l'espace symbolise le ventre maternel et les planètes les ovaires). Les capsules dans lesquelles dorment les astronautes en hibernation sont des cocons maternels. L’ordinateur de bord, qui veille sur l'équipage, est appelé « mother ».
Les aliens se présentent d'abord sous la forme d'œufs ou de cocons. Cet état inscrit l'alien dans le processus sexuel de la vie. L’alien ne cherche pas à tuer, mais à se reproduire. La mort n'est qu'une conséquence de la reproduction (l'alien en naissant explose la cage thoracique de son hôte). Le propos du film n'est donc pas le meurtre ni la mort, mais la violence sexuelle de la vie. L'alien sortant de son cocon a la forme d'une main, qui va s'accrocher au visage de l'hôte. Or la main qui couvre le visage est un symbole courant du viol.
L'alien se reproduit de manière parasitique, en introduisant un embryon dans un hôte vivant. Il ne peut donc pas se reproduire sans violer. De ce fait, il symbolise la sexualité dans sa forme primitive et brutale. L’alien s’apparente au virus, qui est un organisme primitif se reproduisant aux dépens d'un hôte. La sexualité primaire et violente de l’alien rappelle aussi les insectes, comme la guêpe du désert (qui se reproduit en introduisant ses œufs dans un hôte), et le scorpion, qui se reproduit par voie orale comme l'alien, et a sur ce point probablement inspiré les créateurs d'alien.
L’allégorie sexuelle d'Alien est intensifiée par l'héroïne Ripley. Les hommes sont rapidement tués, laissant Ripley seule avec l’alien. Cette situation, où une femme se retrouve seule avec un prédateur sexuel, est classique dans les films d'horreur, mais n'en reste pas moins érotique.
Les références au viol et au sexe ne manquent pas dans le film : lorsque l’androïde décide de supprimer Ripley, il essaie, après l’avoir assommée, de lui enfoncer dans la gorge un magazine auquel, en le roulant, il a donné une forme phallique. Sur le fond de cette scène, on peut apercevoir collées au mur des images pornographiques. La transpiration de l’androïde dans cette scène ressemble à du sperme. Le liquide qui sert de sang à l’androïde a également l’apparence laiteuse du sperme. Remplacer le sang des films d'horreur par le sperme est une idée géniale, qui érotise le film tout en atténuant sa violence visuelle.
Vers la fin, l’héroïne, seule survivante, s'échappe dans un petit vaisseau de sauvetage, mais l’alien est camouflé à bord. Cette séquence est ouvertement sexuelle : l’héroïne se déshabille devant la caméra, qui prend le point de vue de l’alien, fondant ironiquement ce point de vue à celui du spectateur. L'alien endormi a une érection et laisse sortir son phallus buccal (filmé en gros plan), qui est blanc, faisant de nouveau référence au sperme. Le pénis est un tabou au cinéma et pour cette raison n'est pratiquement jamais filmé, mais reste omniprésent sous des formes symboliques (pensons au gratte-ciel de King Kong). Le gros plan de Ridley Scott est beaucoup plus explicite que la plupart des symboles phalliques au cinéma, parce qu'il filme avec une précision anatomique un phallus.
L’héroïne, qui réussit à vaincre l'alien, finit cette aventure endormie dans un lit de verre (la capsule d’hibernation), telle Blanche-Neige, mais ne sera pas réveillée par le baiser d’un homme : elle reste endormie dans son lit clos, enveloppée dans les espaces infinis. La femme survit à l'homme, et comme les étoiles, que l’on peut seulement voir mais pas toucher, devient un pur objet de contemplation.
L'érotisme d'Alien de Ridley Scott
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